19 Sep, 2017

Journal "LE MONDE" (03.04.2013)

"Une jeunesse amoureuse" : cartographie du temps qui passe

François Caillat a eu vingt ans en 1970. De ce constat, d'une certaine banalité, il a pourtant décidé de faire un film. Un film à la fois intime et universel, qui tourne autour de ses amours disparues et de sa jeunesse, partant d'une époque qui semble elle-même à jamais révolue. Sans doute est-ce le fait de toute époque, et c'est d'ailleurs pourquoi ce film touchera tout spectateur suffisamment âgé pour être attentif à l'expérience de la perte qui le constitue. Mais quelque chose vient en plus dans ce film : l'alliance des années 1970 comme horizon d'une indépassable liberté avec le triste champ de ruines qui les a suivies.

L'intime croise ici le politique : un homme se retourne sur sa jeunesse et constate que les brûlantes promesses qu'elles contenaient se sont évanouies. Il doit pourtant, pour les faire renaître, se porter encore une fois à leur hauteur. La forme assignée par François Caillat à ce récit est une topographie des sentiments qui a pour cadre Paris. On aurait pu tomber plus mal. La ville se prête à la magie fantomatique du souvenir. Tandis que la voix du réalisateur, sur la bande son, évoque ses nombreuses rencontres et ses aussi nombreuses déconvenues, l'image représente les lieux contemporains où cette histoire s'est jouée naguère.

Toute une géographie s'enlève, forcément intime, mais aussi forcément partagée par ceux qui ont vécu dans la capitale, et qui y ont aussi bien vécu des histoires d'amour qui ne sont plus. Passy, Saint-Sulpice, Place des Vosges, Place Léon Blum, Gambetta... Aux plans de l'image et du son, le cinéaste s'efforce de réincarner subtilement le passé. Films amateurs de l'époque ici, qui s'enchevêtrent par la grâce d'un raccord dans le mouvement avec les plans tournés aujourd'hui sur les mêmes lieux. Musique de sa jeunesse là : All White de Soft Machine, Between Blue And Me de Family, Nestor's Saga de John Surman). Le plus frappant dans ce film, c'est de constater à quel point il touche profondément le spectateur alors même que ce qu'il évoque relève d'une relative banalité, évite même de rendre compte trop précisément de l'histoire qui l'occupe.

Les visages des filles aimées restent délibérément flous, ou décadrés, sur les photos fugitivement exposées dans le film. Les histoires et les quartiers s'enchaînent et c'est finalement toujours un peu la même histoire qui recommence, avant de finir et d'en appeler une autre. On en vient à penser que le véritable sujet de ce film, ce n'est pas François Caillat, ce ne sont pas les filles qu'il a aimées, ce n'est pas non plus l'époque où il a vécu. Le véritable héros d'Une jeunesse amoureuse, c'est le temps, tel qu'il s'inscrit dans l'air, sur les façades, les parcs et le bitume parisiens, toujours changeants, toujours les mêmes. Une place vide, un rayon de soleil sur l'herbe, une rue mouillée sous les réverbères, une fille qui est partie, une autre qui nous sourit : cela s'est passé hier, cela se passera demain. Reste, entre ces deux termes, pour chacun à apprendre à mourir. Tant de rêve, tant de passion, tant de brûlure, tant de désir, tant de folie partagés avant que le temps ne fasse son œuvre et n'éreinte notre jeunesse.

Comment traduire ce sentiment ? Il y a dans ce film si subtil et délicat quelque chose de puissant dans la manière dont il fait ressentir au spectateur cet inexorable écoulement, cette sensation de se retrouver un jour avec du sable entre les mains et des souvenirs à ne plus savoir qu'en faire. S'il est une blessure dont l'art français, de Chateaubriand à Proust, sait chanter l'élégie, c'est bien celle-ci. Tout le travail cinématographique de François Caillat (depuis La Quatrième génération en 1997 jusqu'à Bienvenue à Bataville en 2007) témoigne qu'il ne démérite pas de ce somptueux héritage.

- Le Monde (03.04.2013)

 

TÉLÉRAMA (03/04/2013)

C'est le récit d'une éducation sentimentale dans le Paris des années 1970. Le documentariste François Caillat part sur les traces de sa jeunesse avec l'envie de faire parler les lieux. Des traces, il en reste peu dans la ville d'aujourd'hui. Quelques façades d'immeuble sans mystère, une allée bordant la Seine... Alors d'où viennent l'émotion qui grandit à mesure que l'auteur refait sa carte du Tendre et cette impression qu'un monde englouti reprend vie ? La voix off d'abord, qui dit un texte poétique, imagé. Et puis ces lettres d'amour dont on imagine sentir le parfum originel, ces photos charbonneuses ou jaunies qui parlent de bonheurs enfuis, ces films en super-8 ou diapos de voyages où se raconte une époque, entre contre-culture américaine et utopies politiques. C'est tout le talent de François Caillat que de faire résonner dans ce récit autobiographique l'écho d'autres vies que la sienne.

Mathilde Blottière

LE FIGARO (03/04/2013)

La Maison de la radio de Nicolas Philibert, et Une jeunesse amoureuse de François Caillat, deux documentaires qui instaurent un contrepoint entre la parole et l'image.

Si l'on attend un documentaire informatif, une visite exhaustive ou une enquête, on sera déçu par La Maison de la radio. Déçu en bien, comme on dit en Suisse. Car la signature de Nicolas Philibert nous garantit un regard singulier et une promenade originale à l'intérieur de la célèbre Maison ronde. Le réalisateur de La Ville Louvre (peut-être celui de ses films dont La Maison de la radio est le plus proche cousin) entre dans ce lieu professionnel comme dans une fourmilière où tout le monde s'active. Son pari, malicieux et poétique, est de filmer un média qui repose justement sur l'absence d'images.

Au royaume des voix, des musiques, des bruits et des silences, que vient faire la caméra? Et que va-t-elle faire? Elle ajoute de l'espace, de la chair, du sourire. Elle fait irruption sans explication dans une émission d'information, un enregistrement d'orchestre, une lecture dramatique. Elle revient, comme le refrain d'une ritournelle, sur le plateau où tombent en vrac nouvelles et faits divers, qu'on retiendra ou non. Elle rôde autour d'une fabuleuse machine à bricoler les sons. Elle s'invite dans un bureau surencombré où les piles de CD laissent à peine apparaître la tête joviale de Frédéric Lodéon. Peu de noms, peu de titres d'émission. Peu de repères. On déambule comme au hasard, du matin au cœur de la nuit, dans un labyrinthe bizarre où l'on devient vite familier des surprises. Le montage s'amuse à couper net, à reprendre plus loin, guillerette petite symphonie concertante qui rattrape ses thèmes, les développe, les varie avec humour et précision. C'est un exercice d'attention. Tout en perceptions. Écouter voir: savoureux programme.

Une romance du bien-aimer

Un autre documentariste, François Caillat, tire un parti très personnel de la réalité dans Une jeunesse amoureuse. Chez lui aussi, l'image et la voix se nouent subtilement, tissant une étoffe aérienne de souvenirs songeurs. Moins de perceptions, plus d'impressions et d'émotions. La voix prend en charge le récit des aventures amoureuses d'un étudiant bourgeois des années 1970, découvrant le militantisme révolutionnaire et la libération sexuelle.

On se lasserait, peut-être, de cette collection d'aventures, si elle était montrée. Mais elle est dite, et rime gracieusement avec les balcons et les fenêtres de Paris, les statues du Luxembourg et les fines pattes d'éléphant du pont de Bir-Hakeim. Jamais on n'avait filmé ces détails architecturaux avec un si merveilleux pouvoir de suggestion, comme un trait, un geste d'un être cher. La ville se confond avec la femme, ce récit est un poème, cette balade une ballade. Une romance du bien-aimer.

L'AFFICHE DU FILM

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LA PRESSE EN PARLE...

Journal "LE MONDE"...

journal-le-monde-une-jeunesse-amoureuse"Une jeunesse amoureuse" : cartographie du temps qui passe François Caillat a eu vingt ans en 1970. De ce constat, d'une certaine banalité, il a pourtant décidé de faire un film. Un film à la fois intime et universel, qui tourne autour de ses amours disparues et de sa jeunesse, partant d'une époque qui semble elle-même à jamais révolue. Sans doute est-ce le fait de toute époque, et c'est d'ailleurs pourquoi ce film touchera tout spectateur...

TÉLÉRAMA (03/04/2013)

journal-le-monde-une-jeunesse-amoureuse-2C'est le récit d'une éducation sentimentale dans le Paris des années 1970. Le documentariste François Caillat part sur les traces de sa jeunesse avec l'envie de faire parler les lieux. Des traces, il en reste peu dans la ville d'aujourd'hui. Quelques façades d'immeuble sans mystère, une allée bordant la Seine... Alors d'où viennent l'émotion qui grandit à mesure que l'auteur refait sa carte du Tendre et cette impression qu'un monde englouti reprend...

LE FIGARO (03/04/2013)

le-figaro-une-jeunesse-amoureuseLa Maison de la radio de Nicolas Philibert, et Une jeunesse amoureuse de François Caillat, deux documentaires qui instaurent un contrepoint entre la parole et l'image. Si l'on attend un documentaire informatif, une visite exhaustive ou une enquête, on sera déçu par La Maison de la radio. Déçu en bien, comme on dit en Suisse. Car la signature de Nicolas Philibert nous garantit un regard singulier et une promenade originale à l'intérieur de la célèbre...

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Mariana Otero (réalisatrice)

"Le film est très émouvant et il dégage une grande tristesse. Une tristesse lumineuse et précise."

Guy Baudon (MEDIAPART)

"D'un sujet éminemment personnel et intime, François Caillat en fait une œuvre qui nous touche, nous émeut et nous invite à visiter notre propre histoire."

Mathilde Blottière (TÉLÉRAMA)

"François Caillat signe un beau film élégiaque, traversé des fragments d'un passé placé sous le signe de la passion. Une autobiographie poétique où vibre l'universalité des sentiments."