LE FIGARO (03/04/2013)

La Maison de la radio de Nicolas Philibert, et Une jeunesse amoureuse de François Caillat, deux documentaires qui instaurent un contrepoint entre la parole et l'image.

Si l'on attend un documentaire informatif, une visite exhaustive ou une enquête, on sera déçu par La Maison de la radio. Déçu en bien, comme on dit en Suisse. Car la signature de Nicolas Philibert nous garantit un regard singulier et une promenade originale à l'intérieur de la célèbre Maison ronde. Le réalisateur de La Ville Louvre (peut-être celui de ses films dont La Maison de la radio est le plus proche cousin) entre dans ce lieu professionnel comme dans une fourmilière où tout le monde s'active. Son pari, malicieux et poétique, est de filmer un média qui repose justement sur l'absence d'images.

Au royaume des voix, des musiques, des bruits et des silences, que vient faire la caméra? Et que va-t-elle faire? Elle ajoute de l'espace, de la chair, du sourire. Elle fait irruption sans explication dans une émission d'information, un enregistrement d'orchestre, une lecture dramatique. Elle revient, comme le refrain d'une ritournelle, sur le plateau où tombent en vrac nouvelles et faits divers, qu'on retiendra ou non. Elle rôde autour d'une fabuleuse machine à bricoler les sons. Elle s'invite dans un bureau surencombré où les piles de CD laissent à peine apparaître la tête joviale de Frédéric Lodéon. Peu de noms, peu de titres d'émission. Peu de repères. On déambule comme au hasard, du matin au cœur de la nuit, dans un labyrinthe bizarre où l'on devient vite familier des surprises. Le montage s'amuse à couper net, à reprendre plus loin, guillerette petite symphonie concertante qui rattrape ses thèmes, les développe, les varie avec humour et précision. C'est un exercice d'attention. Tout en perceptions. Écouter voir: savoureux programme.

Une romance du bien-aimer

Un autre documentariste, François Caillat, tire un parti très personnel de la réalité dans Une jeunesse amoureuse. Chez lui aussi, l'image et la voix se nouent subtilement, tissant une étoffe aérienne de souvenirs songeurs. Moins de perceptions, plus d'impressions et d'émotions. La voix prend en charge le récit des aventures amoureuses d'un étudiant bourgeois des années 1970, découvrant le militantisme révolutionnaire et la libération sexuelle.

On se lasserait, peut-être, de cette collection d'aventures, si elle était montrée. Mais elle est dite, et rime gracieusement avec les balcons et les fenêtres de Paris, les statues du Luxembourg et les fines pattes d'éléphant du pont de Bir-Hakeim. Jamais on n'avait filmé ces détails architecturaux avec un si merveilleux pouvoir de suggestion, comme un trait, un geste d'un être cher. La ville se confond avec la femme, ce récit est un poème, cette balade une ballade. Une romance du bien-aimer.